Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 331
(1e trimestre 2017)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

Nouveau numéro

Numéro 331


 

COMMENT LES CONCEPTS ENVIRONNEMENTAUX ONT-ILS REFAÇONNÉ LE CONCEPT AGROFORESTIER ?

M. Barisaux

Les trois dernières décennies ont été les témoins d’une évolution des sciences et des concepts environnementaux. Le but de cet article est de rendre compte de cette évolution et de montrer ses conséquences sur le concept agroforestier. Il repose sur une analyse bibliométrique réalisée via le Web of Science, et dresse une synthèse de la littérature recueillie sur le sujet. Des exemples sont évoqués pour appuyer l’argumentation : le système agroforestier du café dans la région des Western Ghats en Inde, le système agroforestier du cacao en Côte d’Ivoire et le système agroforestier de l’hévéa (jungle rubber) en Indonésie. L’agroforesterie a considérablement évolué avec l’avènement des notions de biodiversité et d’écosystèmes émergents, et la science de la conservation englobe maintenant les écosystèmes modifiés et altérés par l’homme. L’évolution de l’agroforesterie peut ainsi être comparée avec celle de l’agroécologie : une étude à partir du Web of Science montre une évolution similaire sur les deux dernières décennies. La reconnaissance de l’agroécologie en tant que science a apporté de nouvelles méthodes de gestion des systèmes agroforestiers. Cependant, l’agroforesterie, par son évolution et par l’étendue du concept, est peut-être restée trop déconnectée de la réalité du terrain et des paysans qui la pratiquent. Des précautions dans la conception et la gestion de ces systèmes doivent donc être prises : il s’agit de ne pas oublier les attentes des paysans dans des contextes et avec des déterminants à la fois sociaux, économiques et politiques ; ni de s’orienter vers des systèmes exclusivement productivistes. L’agroforesterie ne saurait devenir un concept environnemental si elle se vide de sa substance authentique, vouée à l’amélioration durable du bien-être des paysans.

Mots-clés : agroforesterie, environnement, biodiversité, agroécologie, conservation, paysan.


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PROPRIÉTÉS PHYSIQUES, MÉCANIQUES ET DE DURABILITÉ NATURELLE DU BOIS DE PLANTATION DE PINUS HALEPENSIS Mill. DANS LE BASSIN MÉDITERRANÉEN

M. T. Elaieb, F. Shel, S. Elouellani, T. Janah, M. Rahouti, M.-F. Thévenon, K. Candelier

Le pin d’Alep Pinus halepensis Mill. fut introduit dans les régions à climat méditerranéen comme arbre d’ornement, et se trouve souvent aujourd’hui dans les jardins et espaces verts. Les peuplements de pin d’Alep (Pinus halepensis Mill.) recouvrent aujourd’hui quelque 2 500 000 ha dans le pourtour méditerranéen, généralement à faible altitude (moins de 500 m) et sur les côtes. L’essence s’est naturalisée en dehors des villes du Maghreb à tel point qu’elle y est classée aujourd’hui comme espèce invasive. En raison de ses dimensions (plus de 15 m de hauteur et 30 cm de diamètre), Pinus halepensis pourrait représenter une ressource de bois d’oeuvre intéressante en Tunisie. La présente étude s’est attachée à évaluer la résistance à la pourriture et les propriétés physiques et mécaniques des pins d’Alep de plantation dans le bassin méditerranéen. Les échantillons de bois de Pinus halepensis étudiés ont été prélevés en Tunisie pour les tests de caractérisation physique et mécanique (six provenances) et au Maroc pour les tests de résistance à la pourriture et aux termites. Des tests ont permis de déterminer la densité et la rétraction ainsi que la résistance à la pourriture. Les premiers résultats indiquent que le bois de Pinus halepensis de Tunisie possède une grande stabilité dimensionnelle et une résistance élevée à la compression. Cependant, la résistance à la flexion est assez faible quelle que soit la provenance. Le module de résistance en flexion est plus faible que pour les autres résineux en Tunisie. Enfin, l’aubier du pin d’Alep est peu résistant aux maladies fongiques et aux termites. Cette essence pourrait s’avérer intéressante comme bois d’oeuvre ou pour l’ébénisterie, à condition d’y appliquer un traitement de protection préalable à son emploi.

Mots-clés : Pinus halepensis, pin d’Alep, résistance au pourrissement, zones de reforestation au Maghreb, propriétés mécaniques, propriétés physiques, densité des peuplements.

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PERCEPTIONS LOCALES DES INTERACTIONS ENTRE LES ÉLÉPHANTS ET LE PALMIER BORASSUS AETHIOPUM MART. (ARECACEAE) DANS LE PARC NATIONAL DE LA PENDJARI AU BÉNIN

J. S. H. Houndonougbo, V. K. Salako, R. Idohou, F. A. Azihou, A. E. Assogbadjo, R. Glèlè Kakaï

Différents constats indiquent que l’impact des éléphants sur la végétation ligneuse dans les aires protégées devient dramatique. Une gestion durable de la biodiversité dans ces écosystèmes nécessite le respect d’un bon équilibre entre populations d’éléphants et peuplements d’essences ligneuses. Pour y parvenir, les perceptions des habitants et des gestionnaires des aires protégées peuvent éclairer fort utilement les résultats des suivis et inventaires écologiques classiques. La présente étude visait à évaluer les perceptions des gestionnaires et des populations locales quant aux causes, dégâts et conséquences de la pression exercée par les éléphants sur le palmier rônier Borassus aethiopum, actuellement en déclin, ainsi qu’aux options de gestion de cette pression. L’étude a été réalisée dans le Parc National de la Pendjari, une des composantes du complexe de réserves transfrontalières du W-Arly-Pendjari en Afrique de l’Ouest. Des entretiens semi-structurés ont été menés avec 53 personnes issues de trois catégories socioprofessionnelles différentes : administrateurs, écogardes et chasseurs professionnels locaux. La fréquence relative des citations et la corrélation de Pearson nous ont permis d’évaluer, respectivement, le consensus et les concordances des perceptions. Les personnes enquêtées ont fait part d’une forte augmentation du nombre d’éléphants dans la Pendjari, attribuée à une migration significative d’éléphants en provenance des parcs transfrontaliers où la pression du braconnage serait élevée. Cela conduit à une forte pression sur les essences ligneuses, dont B. aethiopum. Malgré les différences professionnelles, des opinions consensuelles et concordantes ont été constatées entre les administrateurs, écogardes et chasseurs professionnels locaux à l’égard des interactions entre éléphants et B. aethiopum. Pour limiter la migration des éléphants, une approche régionale est proposée visant à protéger les populations d’éléphants (réduction du braconnage) du complexe W-Arly- Pendjari et des réserves voisines.

Mots-clés : palmier rônier, Borassus aethiopum, éléphant, pression, gestionnaires de réserve, savane, Afrique de l’Ouest.


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PROPRIÉTÉS PHYSIQUES ET MÉCANIQUES DU BOIS DE TECK DE PROVENANCES TANZANIENNE ET LOCALE AU BÉNIN

M. C. Hounlonon, C. A. Kouchade, B. B. Kounouhewa

Le teck (Tectona grandis L. f.) est une espèce ligneuse tropicale dont le bois est très demandé. Au Bénin, la provenance tanzanienne et la provenance locale sont les deux variétés de cette espèce les plus plantées. Pour contribuer à la caractérisation du bois de teck du Bénin, nous avons déterminé et comparé, pour le bois de chaque provenance, les modules d’élasticité et de cisaillement, la longueur du fût, la circonférence et l’épaisseur d’écorce à hau4eur D’acattage, le pourcentage de bois de coeur, la circonférence à une hauteur de 1,30 m du sol et la masse volumique (ou la densité) à 12 % de teneur en eau. Les échantillons ont été prélevés dans les plantations de la Lama sur des arbres de 20 à 25 ans (six billes de provenance locale et quatre billes de provenance tanzanienne). Les résultats obtenus sur la base de cet échantillon indiquent que, pour cette classe d’âge, les valeurs de ces propriétés pour le bois de teck de provenance locale sont supérieures à celles de la provenance tanzanienne, sauf pour le pourcentage de bois de coeur. Sur la base de notre échantillonnage, le teck de provenance locale semble donc d’une certaine qualité, qu’il faut tendre à valoriser par la sélection biologique ou clonale des meilleurs sujets, aptes à s’adapter non seulement au changement climatique mais aussi aux structures des sols. Cela permettrait de favoriser la production du bois de teck sur toute l’étendue du territoire national, voire de la sous-région. Toutefois, la mise en place d’une variété hybride conciliant les atouts des deux provenances pourrait aussi être une grande avancée dans l’amélioration des essences exploitées au Bénin.

Mots-clés : teck, Tectona grandis, module d’élasticité, module de cisaillement, Lama, Bénin, Tanzanie.


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PLANTES MÉDICINALES DES FORMATIONS VÉGÉTALES DE LA BAIE DE RIGNY-ANTSIRANANA À MADAGASCAR

S. Rakotonandrasana, A. Rakotondrafara, R. Rakotondrajaona, V. Rasamison, M. Ratsimbason

Des enquêtes ethnobotaniques ont été menées dans les formations forestières de la baie de Rigny-Antsiranana à Madagascar. Ces formations forestières sont des zones clés de la biodiversité malgache et constituent la principale source d’approvisionnement des populations locales en plantes utiles. Trente-huit informateurs d’âge compris entre 15 et 80 ans, tradipraticiens, mères et pères de famille et connaissant bien les plantes médicinales, ont été enquêtés en les amenant en forêt ou bien en leur montrant des spécimens d’herbier. La méthode d’enquête individuelle retenue était l’entretien semi-structuré. Cinquante-trois espèces de plantes médicinales réparties dans 50 genres et 28 familles ont été recensées. Trente-huit espèces (68,6 %) sont endémiques de Madagascar. Les dix premières espèces les plus utilisées ont des indices de fidélité élevés pour les maladies indiquées. Dix-neuf espèces ont des indices de fidélité élevés (> 60 %) pour diverses maladies. Les maladies auxquelles les informateurs rattachent le plus grand nombre de plantes médicinales sont les affections du système digestif (maux de ventre et diarrhée), les maladies générales (les plaies et la fatigue), les infections et infestations (le paludisme), tout comme la grossesse, la naissance et la puerpéralité. Les indices de fidélité de Adansonia madagascariensis et Senna alata destinées respectivement à la lutte contre la perte de poids et l’hypertension artérielle sont également élevés. Toutes ces maladies sont fréquentes à Madagascar. Les formations végétales de la baie de Rigny-Antsiranana constituent un réservoir de plantes médicinales pour la région Nord de Madagascar. Les connaissances locales relatives à ces plantes n’ont pas été transcrites mais restent orales et risquent d’être perdues. La végétation naturelle y est menacée par la pression anthropique et l’absence de plan de conservation. Des recherches chimiques et pharmacologiques sur les espèces endémiques, et des mesures de conservation de la végétation, sont nécessaires pour leur valorisation et leur protection.

Mots-clés : ethnobotanique, plantes médicinales, baie de Rigny-Antsiranana, Madagascar.


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COMPOSITION CHIMIQUE ET USAGES ETHNOBOTANIQUES DE ACACIA JACQUEMONTII BENTH. DANS LE DÉSERT DE THAL AU PAKISTAN

F. Rasool, M. Ishaque, S. Yaqoob, A. Tanveer

Cette étude s’est déroulée en 2014 à la Faculté de botanique et au Laboratoire de nutrition de l’Université agricole de Faisalabad, pour évaluer la composition chimique de l’arbuste Acacia jacquemontii Benth. et ses usages ethnobotaniques parmi les communautés du désert de Thal au Pakistan. Des échantillons composites de feuilles matures et de gousses recueillies sur le terrain ont été préparés afin d’en déterminer la composition en protéines brutes, matières grasses, fibres, cendres, micro- et macro-éléments, composés phénoliques totaux, flavonoïdes, tannins totaux, alcaloïdes et saponine. Un protocole d’enquête a été élaboré pour évaluer les utilisations ethnobotaniques (alimentation, abris et médicaments) de A. jacquemontii par les communautés locales. Des entretiens ont eu lieu avec treize membres des communautés locales et treize praticiens traditionnels Hakim utilisant la plante. Nos résultats indiquent les teneurs suivantes pour les feuilles et les graines de l’essence : 22 % et 33 % de protéines brutes ; 49 % et 15 % de fibres brutes ; 17 % and 28 % de matières grasses. Les feuilles contiennent 0,1 % de phosphore, 0,6 % de potassium, 1,2 % de calcium, 0,1 % de sodium et 0,6 % de magnésium. Les teneurs en micro-éléments s’établissent à 246 ppm pour le fer, 29,2 ppm pour le manganèse, 27,9 ppm pour le zinc et 14,4 ppm pour le cuivre. Les teneurs en alcaloïdes, flavonoïdes, saponines, tannins et composés phénoliques totaux dans les feuilles s’établissent à 5,8, 168, 196, 124 et 137 respectivement. Nos résultats ethnobotaniques indiquent qu’au-delà des utilisations de l’essence comme brise-vent et pour le bois de feu, le fourrage et les médicaments, les communautés locales, très croyantes, appellent A. jacquemontii « l’arbre des esprits » et sont convaincues de ses vertus « magiques » dans la pratique de la nécromancie. La plante était autrefois utilisée dans la région par des praticiens grecs dans le traitement de maladies banales.

Mots-clés : composés chimiques, utilisations locales, substances nutritives, composés phénoliques, désert de Thal, Pakistan.


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