Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 328
(2e trimestre 2016)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

Nouveau numéro

Numéro 328


 

LA DESTRUCTION DU COUVERT FORESTIER CONSÉCUTIVE À L’EXPLOITATION FORESTIÈRE DE BOIS D’OEUVRE EN FORÊT DENSE TROPICALE HUMIDE AFRICAINE OU AMÉRICAINE

J. Estève

Il est devenu habituel de lire dans les médias des articles accusant l’exploitation forestière d’être le moteur principal de la disparition des forêts tropicales. Ce raccourci trompeur est imputable à une méconnaissance des réalités forestières, d’une part, et à un amalgame entre l’exploitation forestière et le défrichement agricole, d’autre part. L’objet de cet article rédigé par un praticien familier du contexte forestier tropical était d’évaluer l’impact de l’exploitation forestière sur les forêts denses tropicales humides, dans les deux continents africain et américain. Par souci d’exactitude, les phases de l’exploitation ont été distinguées : installation de la base vie, constitution du réseau routier de vidange des bois, réalisation des opérations d’exploitation proprement dites. Des scénarios ont été distingués en fonction de la richesse de la forêt, dont le volume récolté varie de 3 à 15 m3/ha. Ces estimations confirment que la destruction du couvert forestier demeure si faible qu’à l’exception de situations radicales l’exploitation forestière ne constitue pas une menace pour le maintien durable des forêts tropicales. La mise en place des réseaux routiers et de pistes de débardage affecte de 4,5 à 5,5 % du couvert forestier. Les surfaces des trouées consécutives à l’abattage ne dépassent jamais 4 % du couvert, et restent inférieures à 2 % pour les forêts riches ou de richesse moyenne. L’exploitation forestière n’est donc directement responsable que de la destruction de 5,5 à 8,5 % du couvert forestier. Dans le cas de forêts riches, des exploitations forestières successives peuvent certes atteindre 12 à 16 % du couvert forestier. Mais c’est alors sans compter sur la dynamique de reconstitution de la biomasse opérant naturellement entre deux séquences d’exploitation. En Asie du Sud-Est où l’exploitation est plus intensive en raison d’un potentiel commercial très élevé, la reconstitution du couvert est acquise en 20 ans. Si la valeur économique d’une forêt dense tropicale humide diminue avec l’exploitation, ses valeurs biologique et écologique restent quant à elles sensiblement intactes.

Mots-clés : dégradation forestière, déforestation, piste forestière, chantier forestier, aménagement forestier, exploitation forestière, Afrique, Amérique du Sud.


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LES PISTES FORESTIÈRES EN FORÊT TROPICALE : UNE SYNTHÈSE DE LA LITTÉRATURE EN ANGLAIS ET EN FRANÇAIS MET EN LUMIÈRE UNE RÉDUCTION DES IMPACTS ENVIRONNEMENTAUX GRÂCE AUX TECHNIQUES D’INGÉNIERIE AMELIORÉES

F. Kleinschroth, S. Gourlet-Fleury, V. Gond, P. Sist, J. R. Healey

Les pistes forestières sont considérées comme des causes majeures de dégradation des forêts en raison de leurs impacts directs et indirects sur le fonctionnement et la diversité des écosystèmes. Compte tenu de l’importance de l’exploitation forestière tropicale dans le monde, la bonne gestion de l’infrastructure routière est cruciale pour réduire les impacts environnementaux associés à ces activités tout en réduisant les coûts des opérations. Notre étude visait à analyser comment la question des pistes de débardage avait été traitée dans la littérature scientifique. Des études publiées depuis 65 ans, la plupart en français, dans la revue Bois et Forêts des Tropiques (BFT), ont été comparées à une série d’études plus récentes extraites des bases de données Scopus et Web of Knowledge. La moitié des articles BFT datent d’avant 1972, alors que les bases de données plus généralistes indiquent une augmentation régulière, depuis cette date, du nombre d’articles publiés sur ce thème, qui atteint aujourd’hui un niveau record. Sur l’ensemble de la bibliographie, nous avons sélectionné, à des fins d’évaluation critique, 126 articles traitant des impacts et de la gestion des pistes forestières tropicales. Les articles de BFT se caractérisent par une attention particulière portée à des questions pratiques d’ingénierie, tandis que de nombreux articles rédigés en anglais se concentrent sur l’identification des impacts sur les écosystèmes forestiers. Les impacts environnementaux liés aux pistes forestières proviennent de la destruction du couvert pendant leur construction, de l’accroissement des effets de lisière, de l’érosion des sols, de la perturbation de la faune et de l’accès plus facile aux forêts pour la chasse et la colonisation agricole. Nous présentons, sur la base de cette revue de la littérature, une liste de recommandations permettant de réduire ces impacts. En conclusion, nous constatons, que malgré l’intérêt continu pour le sujet des pistes forestières, nous savons très peu de choses sur leur devenir à long terme dans les paysages forestiers.

Mots-clés : gestion forestière durable, exploitation forestière à faible impact, écologie des pistes, exploitation sélective, dégradation forestière, conservation de la biodiversité, sols.


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LA COURTE HISTOIRE OUBLIÉE DU CAOUTCHOUC À MADAGASCAR : LA PREMIÈRE CONTROVERSE ENTRE CONSERVATION DE LA BIODIVERSITÉ ET EXPLOITATION DES RESSOURCES NATURELLES

P. Danthu, H. Razakamanarivo, B. Deville-Danthu, L. Razafy Fara, Y. Le Roux, E. Penot

Madagascar fut entre 1891 et 1914 une zone de production de caoutchouc sylvestre destiné à l’exportation vers l’Europe. Le poids de Madagascar dans le commerce mondial resta toujours modeste, mais cette activité eut des conséquences écologiques importantes. De nombreuses espèces endémiques furent exploitées, dans une optique de productivité immédiate et maximale sans prise en compte de notion de gestion durable. Cet épisode représentant l’un des premiers cas d’exploitation des ressources biologiques malgaches à des fins industrielles a été l’un des éléments déclencheurs de la prise de conscience de la valeur de la biodiversité malgache et des menaces induites par des activités humaines mal contrôlées. Il aboutit à la promulgation d’une législation très répressive et coercitive à l’endroit des populations locales désignées comme principales responsables. Mais les naturalistes jugèrent les décisions politiques inefficaces. Ils développèrent alors un discours volontairement alarmiste et catastrophiste ayant pour but de faire réagir les politiques jugés trop laxistes. Discours d’ailleurs pris à contre-pied lorsque l’effort de guerre relança la filière caoutchouc malgache entre 1942 et 1945. Cet épisode fut un élément déclencheur de la création, dès 1927, d’un réseau d’aires protégées, faisant de Madagascar un pionnier en Afrique. Parallèlement la domestication des espèces caoutchoutières malgaches et/ ou l’introduction des espèces à fort potentiel furent promues. Cependant, l’émergence du caoutchouc issu de l’hévéaculture asiatique fit rapidement retomber l’intérêt commercial du caoutchouc malgache, épargnant ainsi les forêts de la Grande Île. Ainsi, c’est le réalisme économique qui condamna la filière devenue non rentable et assura la sauvegarde des espèces à caoutchouc malgaches plutôt que les discours des naturalistes, la création d’aires protégées ou la promulgation de textes répressifs.

Mots-clés : histoire environnementale, exploitation des ressources naturelles, produit forestier non ligneux, caoutchouc naturel, discours des naturalistes , effort de guerre, Madagascar.


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UTILISATION DU CHARBON DE BOIS COMME PRINCIPALE SOURCE D’ÉNERGIE DE LA POPULATION URBAINE : UN SÉRIEUX PROBLÈME POUR LA CONSERVATION DU COUVERT FORESTIER AU BURUNDI

F. Bangirinama, B. Nzitwanayo, P. Hakizimana

La question de l’énergie domestique reste une préoccupation majeure dans le monde, en particulier dans les pays en développement où la majorité de la population utilise le bois de chauffage, le charbon de bois et les résidus agricoles pour satisfaire leurs besoins énergétiques liés à la cuisson des aliments. Au Burundi, où le bois constitue la principale source d’énergie domestique avec 96,6 % du bilan énergétique global, le charbon de bois est consommé à 77 % par la population urbaine. Selon une enquête menée sur les grands axes routiers, 56 548 tonnes et 13 552 tonnes de charbon de bois sont respectivement consommées par la population urbaine de Bujumbura et Gitega, soit un total de 70 100 tonnes. La consommation annuelle estimée s’élève à 104 718 tonnes de charbon de bois pour la seule population urbaine. Cette consommation par la population de Gitega et Bujumbura entraîne une perte annuelle de 3 505 à 4 673 ha de couvert forestier, soit annuellement entre 5 236 et 6 980 ha si l’on extrapole ces chiffres à l’ensemble de la population urbaine du Burundi. À ce rythme, le couvert forestier du Burundi, estimé à 171 625 ha, pourrait disparaître dans 25 à 33 ans. Pour garantir la durabilité du système d’approvisionnement énergétique de la population urbaine burundaise, de nouvelles techniques et pratiques doivent être adoptées, comme la plantation d’arbres le long des axes routiers, la régénération naturelle assistée, la recherche d’espèces et variétés mieux adaptées et plus rentables, le recours aux énergies renouvelables, la valorisation énergétique des déchets et l’amélioration de l’efficience énergétique (foyers améliorés, par exemple).

Mots-clés : énergie domestique, charbon de bois, déforestation, urbanisation, gestion durable, Burundi.


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SÉLECTION D’ARBRES « PLUS » POUR LA PRODUCTION DE VARIÉTÉS DE TECK GÉNÉTIQUEMENT AMÉLIORÉES AU BÉNIN ET AU TOGO

A. D. Kokutse, A. D. Akpenè, O. Monteuuis, A. Akossou, P. Langbour, D. Guibal, M. F. Tomazello, E. Gbadoe, G. Chaix, K. Kokou

Cette étude vise la sélection d’arbres « plus » sur la base des caractères dendrométriques et des propriétés du bois dans des plantations de teck au Bénin et au Togo. La croissance de 569 arbres dans 5 forêts au Togo et 90 arbres dans 3 forêts au Bénin a été évaluée en mesurant le diamètre à hauteur de poitrine, la hauteur totale et la hauteur du fût. Les propriétés suivantes du bois ont été évaluées et prises en compte pour la sélection finale d’arbres « plus » : densité, pourcentage de bois de coeur et couleur. La durabilité naturelle du bois de coeur, le point de saturation des fibres, le module d’élasticité et les retraits ont été évalués sur la base de modèles spectroscopiques dans le proche infrarouge, préalablement construits. Nos résultats montrent qu’au Togo la variabilité inter-arbres en forêt est assez forte pour l’accroissement annuel en hauteur (0,81 ± 0,27 m), en circonférence (2,95 ± 1,02 cm) et en hauteur des fûts (10,64 ± 3,51m). Au Bénin, si les performances dendrométriques des arbres ne varient pas de façon significative entre les forêts, pour la hauteur des fûts (10,99 ± 3,80 m), les valeurs du coefficient de variation sont plus élevées (40 %) pour la forêt de Koto. Prenant en compte les propriétés du bois, la sélection finale multicritères montre que les peuplements d’Avétonou et de Tchorogo au Togo constituent un groupe homogène affichant les plus fortes valeurs pour la densité du bois et le pourcentage de bois de coeur. Les arbres des forêts de Haho-Baloe et Eto ont des valeurs plus faibles pour la durabilité naturelle, le module d’élasticité, le pourcentage de bois de coeur et la densité du bois. Au Bénin, les arbres de la forêt d’Agrimey ont une densité plus élevée mais les valeurs pour le point de saturation des fibres, la durabilité naturelle et le retrait du bois sont similaires pour les trois forêts. La variabilité des performances dendrométriques et de la qualité du bois des arbres-candidat nous ont permis de sélectionner 33 arbres « plus ».

Mots-clés : peuplements de teck, arbre « plus », sélection, croissance, propriétés du bois, Bénin, Togo.


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EFFICACITÉ DES AIRES PROTÉGÉES DANS LA CONSERVATION D’HABITATS FAVORABLES PRIORITAIRES DE LIGNEUX DE VALEUR AU BÉNIN

S. G. C. Adjahossou, G. N. Gouwakinnou, D. T. Houehanou, A. I. Sode, A. S. Yaoitcha, M. R. B. Houinato, B. Sinsin

L’objectif de cette étude est d’évaluer au Bénin l’efficacité du réseau des aires protégées dans la conservation des habitats favorables et prioritaires de certaines espèces ligneuses d’importance socio-économique. Il s’agit de Afzelia africana, Anogeissus leiocarpa, Burkea africana, Daniellia oliveri, Detarium microcarpum, Prosopis africana et Khaya senegalensis. Les techniques basées sur le principe d’entropie maximale (Maxent) combinées avec les SIG ont été utilisées pour projeter les habitats favorables de ces sept espèces ; le logiciel Zonation a été utilisé pour la modélisation des habitats prioritaires. Les points de présence des espèces ont été collectés et associés aux variables bioclimatiques dérivées de la température mensuelle et de la pluviométrie obtenues à partir de la base de données en ligne de AfriClim, ainsi qu’à la variable édaphique (sol). En terme de déterminisme environnemental, les variables bioclimatiques telles que l’écart diurne moyen de la température (Bio2), les précipitations annuelles moyennes (Bio12), l’évapotranspiration potentielle (ETP) et la variable biophysique sol, sont prédictives pour les distributions des sept espèces. Les habitats protégés plus favorables aux sept essences dans la zone guinéenne commencent aux limites de la forêt classée de Kétou (7°43’N), dans la zone soudano-guinéenne, à partir de la latitude de la forêt classée d’Agoua (8°30’N), et dans la zone soudanienne à partir de la latitude de la Pendjari (10°35’N). Pour la conservation des habitats prioritaires, l’étude de représentation révèle que, dans les zones soudaniennes (9°75’-12°27’N), guinéenne (6°50’-7°40’N) et soudano-guinéenne, les aires protégées sont respectivement efficaces, peu efficaces et non efficaces.

Mots-clés : habitats favorables, déterminisme environnemental, aires protégées, habitats prioritaires, Bénin.


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LA RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT

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