Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 326
(4e trimestre 2015)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

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Numéro 326


 

EFFETS CONTRASTÉS DES PRÉLÈVEMENTS DE BOIS SUR LA VÉGÉTATION DE FORÊT SÈCHE EN ZONE FRONTALIÈRE DOMINICO-HAÏTIENNE : COMMENT LES INTERPRÉTER ?

T. May

En Haïti, le bois de feu et le charbon végétal sont des sources importantes d’énergie domestique, et le prélèvement de bois à des fins énergétiques représente un facteur de dégradation de la forêt sèche, en plus du parcours d’animaux domestiques (chèvres et vaches). En République dominicaine limitrophe, tandis qu’il y a trois décennies la situation était similaire, les conditions ont aujourd’hui changé et les forêts sèches montrent des signes de régénération. Dans l’extrême sud de la ligne de frontière entre les deux pays, près d’Anseà- Pitre et Pedernales, l’opportunité se présente de comparer l’état de la forêt sèche des deux côtés, dans des conditions géologiques et climatiques très semblables. Notre étude montre que le couvert des individus arbustifs et arborés et la hauteur des arbres sont plus élevés en République dominicaine, tandis que le nombre d’individus multicaules issus de régénération végétative est plus élevé en Haïti. En général, la composition spécifique est similaire des deux côtés de la frontière, mais des différences significatives apparaissent dans les fréquences et les valeurs d’abondance-dominance. Acacia scleroxylon, Amyris elemifera, Bursera simarouba, Capparis ferruginea et Guaiacum sanctum sont plus fréquents en République dominicaine, et Acacia macracantha, Senna atomaria, Phyllostylon brasiliense et les deux cactacées Pilosocereus polygonus et Opuntia sp. sont au contraire plus fréquents en Haïti. Ces différences sont imputables à l’autécologie des espèces (ex. : capacité de coloniser les terrains perturbés, capacité de régénération végétative) plutôt qu’à des préférences dans leur utilisation comme bois de feu ou de charbon.

Mots-clés : charbon végétal, impact de l’utilisation humaine, structure de la végétation, fréquence et abondance-dominance des espèces végétales, résilience, zone frontalière, République dominicaine, Haïti


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EFFET DU RELIEF SUR LA RÉGÉNÉRATION DES ESPÈCES LIGNEUSES EN ZONE SOUDANIENNE DU BÉNIN

E. S. P. Assédé, F. A. Azihou, A. C. Adomou, M. Oumorou, B. Sinsin

La régénération des espèces ligneuses est un des domaines d’intérêt majeurs des écologues dans le processus de renouvellement des écosystèmes. La présente étude visait, d’une part, à analyser le potentiel de régénération des unités de végétation en zone soudanienne au Bénin et, d’autre part, à renseigner ses variations en fonction du relief. Au total, 615 placettes carrées de 25 m² ont été matérialisées à l’intérieur de treize unités de végétation dans la Réserve de Biosphère de la Pendjari. La régénération a été inventoriée en relevant dans chaque placette le nombre d’individus par espèce. Le modèle log-linéaire associé à la loi de Poisson a permis de modéliser la densité de régénération et le nombre d’espèces en régénération selon quatre types de relief. Le potentiel de régénération des unités de végétation de la Réserve de biosphère de la Pendjari reflète bien la composition floristique de la végétation en place. La régression de Poisson montre que le relief a un effet significatif sur la densité de régénération et le nombre d’espèces en régénération. Le potentiel de régénération au sein des plaines d’inondation et bordures de cours d’eau est faible par rapport à celui des collines et plateaux. Les densités de régénération observées sur les bordures de cours d’eau, les plaines d’inondation et les collines sont respectivement de 1,01, 0,67 et 2,1 fois supérieures à celles observées sur les plateaux. Le nombre d’espèces en régénération augmente des plateaux vers les collines, mais diminue des plateaux vers les plaines d’inondation et les bordures de cours d’eau. Les conditions topographiques influencent l’établissement des espèces ligneuses en zone soudanienne.

Mots-clés : potentiel de régénération, communauté végétale, régression de Poisson, Pendjari, Bénin.


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CONNAISSANCE DE LA DYNAMIQUE DU COUVERT ARBORÉ (1955-2012) ET UTILISATIONS DES ESSENCES DANS LA RÉGION DU FERLO AU SENEGAL : APPORTS D’UNE BASE DE DONNÉES HISTORIQUE, DE CONNAISSANCES LOCALES ET D’INVENTAIRES SUR SITE

M. Dendoncker, D. Ngom, C. Vincke

Les écosystèmes sahéliens sont soumis à des pressions anthropiques et climatiques croissantes, avec des conséquences durables pour la végétation ligneuse. Les arbres jouent un rôle vital pour la population locale, et leur pérennité doit être assurée. La présente étude vise à caractériser la végétation ligneuse, ses utilisations et sa dynamique sur le long terme (1955-2012) dans la région sablonneuse du Ferlo au Sénégal, dans une zone anthropisée à proximité de deux forages. En 2012, des inventaires ont été réalisés dans 30 placettes, ainsi que des enquêtes auprès d’éleveurs issus de 30 camps sur la dynamique de la végétation et l’utilisation des essences. Une base de données historique a permis d’obtenir des données complémentaires sur l’évolution de la diversité des essences ligneuses depuis 1955. Par ailleurs, une étude de la bibliographie a permis de recenser toutes les utilisations potentielles des essences. Ces données ont été analysées pour en extraire la dynamique des services d’approvisionnement, en calculant des indices d’utilisation pour les essences et des indices de services pour l’écosystème. En 2012, pour un couvert arboré de 3 % et une diversité spécifique de 12 essences différentes, les peuplements étaient dominés par deux essences sahéliennes, Balanites aegyptiaca et Boscia senegalensis. Le rapport entre arbres jeunes et adultes atteignait 70,5 %, ce qui pouvait indiquer un bon équilibre des essences dans les peuplements, mais 95 % des jeunes plants correspondaient à trois essences seulement, Balanites aegyptiaca, Boscia senegalensis et Acacia tortilis. Concernant la valorisation des différentes essences, les plus couramment utilisées étaient B. aegyptiaca et B. senegalensis, mais aussi A. senegal, une essence rare, Adansonia digitata et Ziziphus mauritiana. Les données indiquent un déclin de la diversité spécifique et du nombre de jeunes arbres entre 1955 et 2012, accompagné d’une proportion croissante d’essences sahéliennes. Les indices d’utilisation et de service suggèrent une dégradation des services d’approvisionnement, ce qui pourrait indiquer une vulnérabilité croissante de ces écosystèmes.

Mots-clés : services écosystémiques, sylviculture, savoir pastoral local, végétation ligneuse, Sahel, Sénégal.


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LES PLANTES MÉDICINALES DE LA RÉGION MONTAGNEUSE DE KAHUZIBIEGA EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO : UTILISATION, ACCESSIBILITÉ ET CONSENSUS DES TRADIPRATICIENS

C. Shalukoma, J. Bogaert, P. Duez, C. Stévigny, C. Pongombo, M. Visser

En ethnobotanique, des aspects comme l’influence de l’accessibilité d’une plante sur sa fréquence d’usage, le consensus entre les tradipraticiens autour des relations maladie-plante ainsi que le degré de fidélité d’une plante à une catégorie de maladies sont essentiels pour évaluer une tradition médicinale ; mais ils sont d’une interprétation difficile. Nous avons exploré ces aspects dans cette étude basée sur des entretiens semi-structurés avec 88 tradipraticiens issus des communautés Batwa, Havu, Shi et Tembo dans les localités situées à proximité de la forêt de montagne du Parc national de Kahuzi-Biega, en province du Sud-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo. Il s’avère que 77 espèces végétales sont utilisées pour traiter les pathologies regroupées dans 18 catégories de maladies, dont les plus fréquentes sont les troubles digestifs et les infections. Les feuilles et les écorces sont les parties les plus utilisées dans les recettes majoritairement monoplantes et principalement préparées en solutions aqueuses. Bien que la corrélation entre l’accessibilité des plantes et leurs fréquences d’usage soit positive (H = 17,64 ; p < 0,001), certaines plantes forestières pourtant moins accessibles connaissent des fréquences d’usage particulièrement élevées. Le facteur de consensus des tradipraticiens est globalement élevé, particulièrement pour les catégories de troubles musculo-squelettiques (= 0,83) et les infections (= 0,80). Toutes les catégories de maladies fidélisent au moins une plante malgré les taux globalement faibles. Bien qu’exploratoires, nos résultats suggèrent un certain ancrage d’une tradition médicinale au sein de communautés locales de la région. Cet ancrage suppose une bonne connaissance des plantes médicinales, une transmission intergénérationnelle des savoirs ainsi qu’une certaine collaboration entre les tradipraticiens. Plus d’études sont nécessaires pour évaluer davantage ces différents aspects.

Mots-clés : ethnobotanique quantitative, forêt, médecine traditionnelle, Parc de Kahuzi-Biega, tradition médicinale, République démocratique du Congo.


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PLANTATION DE BOIS DE ROSE POUR LE DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION D’HUILE ESSENTIELLE : INFLUENCE DU MILIEU FORESTIER ENVIRONNANT ET DE LA PROVENANCE DES GRAINES SUR LA CROISSANCE DE L’ARBRE ET LA PRODUCTION DE L’HUILE ESSENTIELLE

N. Amusant, A. Digeon, L. Descroix, O. Bruneau, V. Bezard, J. Beauchène

L’huile essentielle de bois de rose (Aniba rosaeodora Ducke) recherchée pour ses propriétés olfactives est un ingrédient majeur de la parfumerie de luxe. En raison d’une surexploitation ces dernières décennies, le bois de rose est désormais considéré comme une espèce en voie de disparition. Envisager de produire de l’huile essentielle à partir de plantations s’avère une alternative pertinente. Nous avons planté 605 arbres de bois de rose issus de graines de deux provenances de Guyane française sur une parcelle de 5 445 m². La plantation présente la particularité d’être entourée de forêt primaire. Après une période de 9 ans, nous avons évalué l’effet de la position de l’arbre par rapport à la forêt environnante et de la provenance des graines sur les traits dendrométriques (hauteur, circonférence, biomasse ligneuse) et le rendement en huile essentielle. Les arbres présentent une croissance moyenne en hauteur de 0,7 m/an, en circonférence de 2,5 cm/an, avec une production de biomasse aérienne de 990,5 kg de masse sèche/ha/an. Les rendements en huile essentielle varient entre 0,6 % et 3,6 %, avec une production moyenne de 2,1 %. La position de l’arbre par rapport à la forêt environnante est le principal facteur affectant la croissance des arbres et la production d’huile essentielle : les arbres situés en bordure de la forêt environnante sont significativement plus petits et accumulent moins d’huile essentielle du fait de l’influence de la disponibilité de lumière. La provenance des graines a peu d’influence sur les caractéristiques dendrométriques et le rendement en huile essentielle. En conclusion, la mise en place de plantations pourrait être un système optimal et économiquement avantageux si l’on vise la production d’huile essentielle mais il importe d’éviter les effets de bord liés à la proximité de la forêt.

Mots-clés : Aniba rosaeodora Ducke, bois de rose, plantation, huile essentielle, traits dendrométriques, effet provenance, effet lumière, Guyane française.


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GUYASIM : UN OUTIL D’AIDE À LA DÉCISION POUR L’AMÉNAGEMENT D’UN TERRITOIRE FORESTIER, LA GUYANE

V. Rossi, T. Dolley, G. Cornu, S. Guitet, B. Hérault

Les aménagements futurs nécessaires au développement rapide de la Guyane vont entraîner la conversion de terres forestières, participant ainsi au changement global. Les décideurs guyanais devront conjuguer ces aménagements avec la préservation des services écosystémiques forestiers. Le projet GuyaSim avait comme objectif l’approfondissement des connaissances sur ces services (stock de carbone, biodiversité et qualité du sol) et le transfert d’un logiciel aux décideurs pour faciliter l’intégration de ces connaissances dans les politiques d’aménagement du territoire. L’article présente les caractéristiques et les fonctionnalités de ce logiciel GuyaSim. Il s’agit d’un logiciel libre de type Sig, destiné a priori aux services d’aménagement des collectivités et du domaine forestier de Guyane. Le logiciel offre deux grands types de fonctionnalité : la mise à disposition d’informations et l’aide à l’aménagement. Les informations mises à disposition sont les scénarios de développement socio-économique, les scénarios climatiques et les valeurs des services écosystémiques. L’aide à l’aménagement consiste en des outils de construction des scénarios d’aménagement du territoire (changement d’usage des terres) et d’aménagement forestier (exploitation forestière), fournissant des informations sur l’impact environnemental. Les fonctionnalités du logiciel sont limitées par les connaissances sur les écosystèmes guyanais. Les avancées des projets de recherche en cours permettront de mettre à jour le logiciel à moyen terme.

Mots-clés : logiciel Sig, scénarios, services écosystémiques, simulateur, biodiversité, stock de carbone, biomasse, exploitation forestière, déforestation, changements d’usage des terres, forêt tropicale, Guyane française.


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LA RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT

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