Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 323
(1er trimestre 2015)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

Nouveau numéro

Numéro 323


 

AUBRÉVILLE (1897-1982), FORESTIER TROPICAL PRÉCURSEUR ET VISIONNAIRE

Jacques Tassin

André Aubréville fut un forestier d’exception. Formé à l’École forestière française de Nancy, il rejoignit dans les années 1920 les services forestiers coloniaux. Ses livres qui font encore référence témoignent d’un esprit encyclopédique, d’une grande lucidité et d’un talent de visionnaire. Comprenant combien l’avenir de la forêt tropicale était menacé par les activités humaines, il mit en place des structures forestières susceptibles d’assurer ce qu’on nommerait aujourd’hui une production soutenue. Il devint en 1939 Inspecteur général des Eaux et Forêts de l’Afrique occidentale française mais était aussi déjà réputé comme botaniste spécialiste des Sapotacées et biogéographe. À l’âge de 60 ans, il fut nommé Professeur au Muséum national d’histoire naturelle de Paris, et entra à l’Académie des Sciences de l’Institut de France. Travailleur infatigable, il considérait la botanique comme un outil permettant de mieux comprendre la complexité des forêts tropicales. S’insurgeant contre les généralisations abusives, il montra pourquoi la climatologie actuelle ou passée déterminait localement la composition floristique et les contours de la forêt africaine, forêt malmenée par les feux dont il mesurait l’effet dévastateur et durable. Il fut le premier à entreprendre une véritable tropicalisation de la foresterie, à démontrer la faiblesse du concept de forêt primaire et à suggérer la valorisation des forêts secondaires. Il ne doutait pas que le matériau bois tiendrait, cinquante ans plus tard, face aux matériaux concurrents, et que les espèces les plus demandées le demeureraient encore pour leurs qualités technologiques supérieures. L’ensemble de son oeuvre appelait à une forme d’interventionnisme susceptible de préserver les ressources forestières tropicales de toute forme d’exploitation abusive. D’aucuns ont pu y voir l’expression d’un tempérament jugé trop colonial. Mais on peut tout autant aujourd’hui y déceler, par l’ampleur des propositions formulées en faveur de la protection de la végétation forestière, l’oeuvre d’un forestier résolument précurseur et visionnaire.

Mots-clés : botanique forestière, désertification, érosion, feux, flore forestière, forêt coloniale, forêt tropicale, paléogéographie, sapotacées.


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LES BROUSSES SECONDAIRES EN AFRIQUE ÉQUATORIALE

André Aubréville

La « brousse secondaire » s’oppose à la « forêt primaire », forêt « noble » aux grands arbres. C’est une forêt exubérante, inextricable, avec plus de lianes et de petits bois que d’arbres, succédant à l’agriculture sur brûlis. Dans les régions habitées, elle entoure communément les villages et borde les routes, la forêt primaire étant reléguée aux collines rocheuses et marécages. En Afrique équatoriale, la « brousse secondaire » représente actuellement 50 à 75 % des surfaces forestières. La formation des brousses secondaires procède en trois phases : (i) l’apparition de semis d’espèces héliophiles (Musanga sp., Vernonia sp., Anthocleista sp.) à croissance rapide, qui diffèrent des espèces de « forêt primaire » et dont les graines sont dispersées sur de longues distances ; (ii) la formation d’un sous-bois, constitué cette fois des mêmes espèces arbustives qu’en « forêt primaire », et où se mêle un second groupe d’espèces héliophiles banales, caractéristiques de la « brousse secondaire » et rattrapant le précédent, voire le surcimant ; (iii) la lente reconstitution de la « forêt primaire », riche en sapotacées, guttifères et légumineuses au bois dur, capables de se régénérer dans les sous-bois, et parmi lesquelles de très grands arbres finissent par percer la voûte des cimes. L’okoumé (Aucoumea klaineana), essence précieuse typique des « brousses secondaires », est ainsi fréquent dans les prétendues « forêts primaires » du Gabon, forêts qui ont été en réalité autrefois défrichées. On ne saurait admettre aujourd’hui que le fort potentiel des « brousses secondaires » soit invariablement réduit en cendres. Il faut au contraire apprendre à guider et hâter leur évolution en faveur d’espaces à haute valeur économique.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : Aucoumea klaineana, Musanga sp., dynamique forestière, espèce héliophile, groupes fonctionnels, forêt primaire, forêt secondaire, Gabon.


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IL N’Y AURA PAS DE GUERRE DE L’EUCALYPTUS À MADAGASCAR !

André Aubréville

Une vive polémique oppose à Madagascar les naturalistes au service des Eaux et Forêts, au sujet de reboisements en eucalyptus. Elle porte sur 3 000 hectares de plantations effectuées depuis 1908 à Périnet, au sein d’une forêt très dégradée et envahie par les bambous, afin de fournir le combustible nécessaire au fonctionnement des locomotives. Cette aversion à l’encontre des eucalyptus est pourtant mise à mal par les résultats convaincants des plantations expérimentales d’Anamalazaotra mais aussi, hors de Madagascar, au Brésil, au Kenya, au Maroc ou en Éthiopie. La capitale Tananarive et ses environs présentent aujourd’hui un visage boisé grâce aux eucalyptus (E. robusta, E. maculata) qui, rejetant vigoureusement de souche, approvisionnent les habitants en bois de cuisson et de service. Les plantations d’eucalyptus pourraient aussi enrayer la progression de l’érosion à Madagascar, notamment sur les collines dénudées du bassin du lac Alaotra, éventrées de lavaka. Les essences malgaches étant de croissance très lente, rien ne vaut les eucalyptus pour produire du bois. On ne peut rejeter l’utilisation des eucalyptus pour des raisons purement affectives, parce qu’elles n’appartiennent pas à la forêt autochtone. En outre, dans la forêt orientale de Madagascar, le climat est suffisamment humide pour permettre le développement d’un sous-bois et ne pas laisser craindre des phénomènes d’érosion sous eucalyptus. Enfin, il est regrettable que les associations naturalistes malmènent le seul service à s’opposer directement aux destructions des forêts en en classant une partie, en luttant contre les feux, en protégeant les espèces utiles, ou en assurant des travaux de restauration. Tenter de discréditer le service forestier, c’est nuire finalement à la conservation de la nature malgache.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : Eucalyptus robusta, Eucalyptus maculata, associations naturalistes, controverse, forêts climaciques, reboisement, Périnet, Madagascar.


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FORÊTS SAUVAGES OU SYLVICULTURE

André Aubréville

Dans les pays forestiers du Golfe de Guinée, l’enrichissement des forêts denses, naturellement très pauvres en essences commercialisables, a vu le jour dans les années 1920. Il apparaît en effet indispensable de compenser les pertes de l’exploitation par des opérations sylvicoles qui assureront la reconstitution de la composition primitive en bonnes espèces. Une telle activité, parfois vivement détractée, mais qui convertirait pourtant favorablement des forêts sauvages en forêts valorisables, ne peut être conçue que dans la durée. Cela n’est possible que si les moyens mis à disposition des forestiers sont garantis durablement. L’enrichissement se justifie par le faible nombre d’essences forestières commercialisées, lesquelles demeureront les mêmes dans cinquante ans parce qu’elles disposent des meilleures propriétés technologiques. Une forêt enrichie en okoumés, limbos et niangons, avec une production de 50 à 60 arbres exploitables par hectare, aura donc toujours plus de valeur qu’une forêt sauvage. Cet enrichissement est justifié par la raréfaction progressive des espèces les plus exploitées, inaptes à se renouveler sous un couvert dense. On sait par exemple que les zones riches en okoumés ne le sont que parce qu’elles ont été précédées par l’occupation ancienne de populations humaines qui ont depuis disparu. L’enrichissement se justifie aussi pour éviter que l’exploitation ne se diffuse à l’ensemble des massifs forestiers et entraîne progressivement leur disparition. Les scieries font en effet souvent le vide autour d’elles, et les pistes forestières concourent au mitage des forêts, jusqu’à leur mise en valeur agricole. Sans classement de forêts et sans sylviculture, il n’y aura plus, dans quelques dizaines d’années, ni forêts économiquement exploitable, ni industries forestières en vue du commerce d’exportation.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : Aucoumea klaineana, enrichissement, forêt tropicale, industrie de transformation, sylviculture, Côte d’Ivoire, Golfe de Guinée.


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UNE CHARTE DE LA PROTECTION DE LA NATURE EN AFRIQUE TROPICALE

André Aubréville

Lors de la Conférence sur la Conservation de la faune et de la flore à Bukavu (26-31 octobre 1953), une délégation française a présenté une recommandation, adoptée à l’unanimité, en faveur d’une politique générale de protection de la nature en Afrique. La Convention de Londres de 1933, réservée à la « conservation de la faune et de la flore à l’état naturel », apparaît en effet insuffisante. La conservation de quelques espèces animales ou végétales, et la constitution de parcs nationaux et de réserves naturelles ne constituent en effet qu’un point particulier d’une protection de la Nature qui doit s’étendre à la protection du milieu dans lequel vit l’humanité africaine. Il s’agit de protéger la couverture végétale spontanée, protectrice des eaux et des sols. Celle-ci recouvre les forêts mais aussi les « brousses » indéterminées. Une convention spécifique à l’Afrique se justifie parce que la nature africaine est différente et plus gravement menacée que d’autres. Elle l’est par le caractère extrême de son climat, mais aussi par les feux de brousse et l’agriculture sur brûlis, qui font vivre une population sous-alimentée. La savanisation, l’appauvrissement et l’érosion des sols, la désertification y progressent. Une politique de protection commune à tous les territoires africains est devenue indispensable pour assurer cette protection, comme elle l’est tout autant pour lutter contre les épidémies. L’Afrique est un tout qui ne connaît pas de frontières, mais rassemble des régions naturelles interagissant au plan climatique. Au-delà d’une Charte pour la protection de la nature en Afrique, il s’agit toutefois bien de la protection des populations africaines, lesquelles ne doivent cependant pas être soumises à un planisme scientifique qui ignorerait leurs pratiques coutumières.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : conservation des eaux et des sols, conservation des forêts, conservation de la nature, Convention de Londres, couverture végétale, désertification, savanisation, Afrique.


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À LA RECHERCHE DE LA FORÊT EN CÔTE D’IVOIRE

André Aubréville

Jusqu’à 1935, on pouvait encore voir en Côte d’Ivoire des forêts intactes le long des routes. Depuis, avec l’extension démesurée de la culture du café et du riz pluvial, le défrichement s’emballe. L’agriculteur fuyant les agoutis et le parasitisme familial défriche dans des forêts éloignées. En 1957, il faut aller à sa recherche pour apercevoir la forêt primaire. L’ouverture d’une route la condamne en une décennie, et l’exploitation forestière ne passe qu’une fois. Avec la disparition des forêts denses humides africaines, les régions soudanosahéliennes subiront une saison sèche plus longue. En outre, il importe d’établir des cartes d’aires de présence avant la disparition des forêts primaires. L’étude ici présentée vise à classifier la végétation forestière ivoirienne et repose sur le parcours de 12 transects en forêt dense humide. L’approche phytosociologique est en effet trop imparfaite pour analyser cette végétation. Deux ensembles caractérisés par des groupes botaniques spécifiques ont été distingués : les « forêts denses semi-décidues humides à malvacées et ulmacées », et les « forêts denses humides à légumineuses sempervirentes ». Les espèces à grand pouvoir de dispersion, abondantes dans les brousses secondaires, notamment des genres Triplochiton ou Terminalia, échappent cependant à cette classification. Les ruptures d’aires de présence chez certaines espèces tiennent ainsi à la dispersion des semences, mais aussi à la paléohistoire floristique et climatique. De même, la notion d’aire écologique ne peut s’appliquer pour les espèces rares ou pour les zones d’endémisme local. L’étude évoque également plusieurs espèces invasives indigènes, comme Scaphopetalum amoemum et Chidlowia sanguinea, dont le développement bloque la régénération forestière. Elle traite enfin de l’inclusion de savanes dans des forêts humides, dont l’origine est toujours édaphique et non pas anthropique.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : défrichement, déforestation, endémisme, espèces rares, forêt dense humide, forêt primaire, phytosociologie, savanes, Côte d’Ivoire.


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ÉROSION SOUS FORÊT ET ÉROSION EN PAYS DÉFORESTÉ DANS LA ZONE TROPICALE HUMIDE

André Aubréville

L’érosion par décapage ou par ravinement reste insignifiante sous la forêt dense tropicale. Une érosion sérieuse peut certes se manifester localement sous couvert forestier, sous la forme de glissement de terrains saturés d’eau. De tels cas peuvent être observés à Madagascar, dans la forêt d’Anamalazoatra ou dans celle de Marojejy. Un cas connu d’érosion généralisée sous forêt dense se situe en Amazonie péruvienne, près de la petite localité de la Merced, sur des pentes très abruptes. Mais ce sont là des exceptions. Dans les temps géologiques, durant les périodes de transformations tectoniques, l’érosion peut aussi avoir été intense sous forêt dense, générant des reliefs tourmentés, parfois des « badlands ». Mais dans tous ces cas, l’érosion ne se produit sous forêt que lorsqu’il y a élévation du niveau de base des fleuves par rapport au niveau des océans, comme cela s’est manifesté durant les glaciations quaternaires. Là où la forêt manque aujourd’hui, se manifestent en revanche des phénomènes d’érosion parfois spectaculaires. Ceux-ci peuvent prendre des proportions spectaculaires dans des régions autrefois forestières, récemment et sévèrement éclaircies. Les situations les plus extrêmes sont observées à Madagascar, au Congo, au Gabon, au Brésil et dans la partie tempérée des USA, tout particulièrement dans le bassin cuprifère du Tennessee. Ces exemples confirment pleinement la vertu antiérosive des forêts. Lorsque l’érosion est déclenchée, celle-ci ne peut être arrêtée qu’à grands frais, et dans des zones restreintes. La forêt joue donc un rôle anti-érosif préventif à la fois naturel, peu coûteux, et opérant sur de larges étendues.
Résumé adapté par la rédaction de la revue.

Mots-clés : déforestation, glaciations quaternaires, lavaka, lutte anti érosive, protection des sols, ruissellement, Madagascar.


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LA RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT

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