Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 322
(4e trimestre 2014)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

Nouveau numéro

Numéro 322


 

DE LA FERME À LA FORÊT: FACTEURS ASSOCIÉS À LA PROTECTION ET LA PLANTATION D’ARBRES DANS UN PAYSAGE AGRICOLE DU PANAMA

R. Metzel, F. Montagnini

Les fragments résiduels de forêt sèche sur la péninsule d’Azuero au Panama sont représentatifs d’un des types forestiers les plus menacés à l’échelle de la planète, et qui a quasiment disparu au Panama. Dans de telles zones de production agricole et d’élevage, les arbres hors forêt sont indispensables à la connectivité du paysage, à la survie des espèces autochtones et au maintien des services écosystémiques associés à ces fragments forestiers résiduels. Les enquêtes que nous avons menées auprès de gestionnaires terriens dans la province de Los Santos au Panama montrent que les agriculteurs dans cette région protègent et plantent des arbres pour des motifs différents. Alors qu’ils protègent les arbres pour plusieurs raisons (comme source de bois, de fruits, de fourrage et d’ombre, et pour leur protection de l’eau), ils en plantent surtout pour produire du bois et des fruits, qui leur assurent des revenus tangibles. Par ailleurs, dans cette région, les sites où les arbres sont plantés sont plus diversifiés et plus spécifiques que les sites où les arbres sont protégés. Six essences sont fréquemment utilisées pour la création de haies vives au Los Santos, et les propriétaires de ces haies gardent souvent des arbres utiles pour le fourrage et le bois à proximité. La gestion coopérative des haies vives pourrait ainsi devenir un moyen efficace pour augmenter la connectivité des paysages dans cette région où ils sont fortement fragmentés. Nos résultats indiquent que les agriculteurs de Los Santos plantent des arbres ou les protègent dans leurs terres productives pour des raisons très différentes. Ces différences entre leurs motivations ont des implications importantes qui doivent être prises en compte dans les approches visant à accroître la couverture forestière dans la région. Les projets visant à promouvoir la régénération naturelle des forêts encouragent les agriculteurs à protéger les arbres sur leurs terres, et pourraient mieux réussir en mettant l’accent sur les services écosystémiques intangibles tels que la protection de l’eau à moindre coût. À l’inverse, les projets visant à promouvoir la plantation d’arbres doivent en démontrer les bénéfices économiques tangibles.

Mots-clés : reboisement, régénération, haie vive, agriculteurs, pâturages, eau, bois, fruits, Panama.


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IMPACT DE BOISEMENTS RÉSINEUX SUR LA SÉQUESTRATION DU CARBONE DANS LES ANDES PÉRUVIENNES : CAS DES PLANTATIONS DE PINUS PATULA DANS LA COOPÉRATIVE DE GRANJA PORCON (CAJAMARCA)

M. Jonard, R. Colmant, C. Heylen, C. Ysebaert, C. Carton, L. Picard, B. Cassart, A. P. I. Hounzandji, Q. Ponette

Dans la foulée de la réforme agraire de 1969, le gouvernement péruvien lança un programme de reboisement dans les Andes. Plus de 20 000 ha furent ainsi boisés en pins dans la région de Cajamarca, dont 8 500 ha dans la coopérative agraire de Granja Porcon. Destinés alors à approvisionner les paysans en bois et à développer l’activité économique locale, à enrayer la dégradation des sols et des forêts naturelles résiduelles, ces boisements sont aujourd’hui sollicités pour leur contribution au stockage du carbone. Cette recherche vise à comparer la capacité de séquestration de carbone des pâturages et des plantations de Pinus patula de haute altitude (3 250-3 450 m). À cette fin, deux approches ont été combinées : l’échantillonnage des sols (couches holorganiques et 0-100 cm) et de la végétation dans les deux formations végétales (pâturages et boisements de Pinus patula âgés de 17 à 26 ans), sur cambisols développés sur matériaux volcaniques ; l’établissement d’un modèle de croissance de type peuplement, couvrant une plus grande diversité d’âges, de sylvicultures et de fertilités. Après vingt ans, la différence entre le carbone stocké dans les écosystèmes forestiers et les produits ligneux, d’une part, et en pâturages, d’autre part, s’élève à 154 t/ha, soit environ 7,7 t/ha/an. Cette différence s’explique très largement par la contribution des parties aériennes des arbres. Le reboisement en Pinus patula tend à réduire les stocks de carbone du sol par rapport aux formations prairiales correspondantes. La réduction est significative (α = 0,05) dans les 40 premiers centimètres du sol mais la dynamique temporelle suggère que cet effet est temporaire. Le modèle de croissance montre que le stockage de carbone dans les parties aériennes des arbres augmente avec l’âge et la densité des peuplements, ainsi qu’avec la fertilité du site. Il permet aussi d’évaluer la contribution des éclaircies à environ 23 % de la quantité de carbone associée aux parties aériennes des arbres pour une sylviculture classique.

Mots-clés : Pinus patula, boisement, stockage de carbone, modèle de croissance, Andes péruviennes, Pérou.


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LE BOIS INDUSTRIEL EN TUNISIE : AGGRAVATION DE LA DEPENDANCE EXTÉRIEURE MALGRÉ LES REBOISEMENTS

H. Daly-Hassen, M. Kasraoui, C. Karra

La Tunisie est toujours dépendante des importations pour satisfaire ses besoins en bois et produits dérivés à hauteur de 90 % malgré l’extension du couvert boisé de 500 000 ha environ au cours des cinq dernières décennies. L’objectif principal de ce travail est d’apprécier la contribution des forêts à la satisfaction des besoins en bois industriel et son évolution au cours des cinq dernières décennies, et de déterminer la capacité des industries du bois à valoriser le bois local. La consommation de bois industriel a augmenté de 0,19 M m3 en 1961 à 1,30 M m3 en 2012, alors que la production de bois industriel a augmenté de 0,09 M m3 seulement durant cette période. Dans un contexte de libéralisation des marchés, la valorisation du bois industriel et la maîtrise des importations ne peuvent être réalisées que s’il existe une réelle coordination entre les acteurs de la filière bois (administration chargée de la gestion forestière et de la vente du bois, exploitants, industriels) permettant d’aboutir à la compétitivité des industries du bois. Une mise sur le marché de 50 000 m3 de bois supplémentaires et leur valorisation industrielle entraîneraient une recette additionnelle de 1,5 millions de dinars tunisiens (M DT) (+22 %) pour le budget de l’État, la réduction de la valeur des importations de 12 M DT (3 % des importations de bois et ouvrages en bois), et l’accroissement de la valeur ajoutée du secteur bois de 4 M DT, en plus de la création d’emploi au niveau de l’exploitation et la transformation.

Mots-clés : bois industriel, dépendance extérieure, Tunisie.


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UTILISATION DES PRODUITS FORESTIERS NON LIGNEUX DANS LA RÉSERVE NATURELLE DE PHONG DIEN AU VIETNAM : QUI LES COLLECTE, QUI LES CONSOMME, QUI LES VEND ?

Z. Polesny, V. Verner, M. Vlkova, J. Banout, B. Lojka, P. Valicek, J. Mazancova

Nous avons analysé dans cette étude la collecte et l’utilisation des produits forestiers non ligneux en zone rurale au centre du Vietnam. Il s’agit d’éléments importants pour mieux comprendre les interactions entre ménages et forêts dans les zones rurales proches de réserves naturelles, surtout dans les pays en développement à forte croissance économique. L’objectif de nos recherches était triple : (i) documenter les produits forestiers collectés dans la réserve naturelle et leurs utilisations, (ii) comprendre les facteurs pouvant motiver leur commercialisation, et (iii) connaître les attentes des familles locales quant aux capacités et à l’utilisation des ressources forestières. Les données ont été collectées au moyen d’entretiens semi-structurés entre 2008 et 2010, auprès de familles installées dans ou aux alentours de la réserve naturelle de Phong Dien. Des entretiens ont été menés auprès de 48 familles représentatives des différentes conditions socio-économiques et naturelles dans la zone cible. Notre enquête montre que la plupart des produits forestiers collectés dans la réserve sont auto-consommés à des fins alimentaires, médicinales et de construction, et surtout selon une logique de subsistance. Cependant, certains végétaux faisant l’objet d’une forte demande, comme le rotin ou le licuala, sont récoltés en grandes quantités et commercialisés par le biais d’intermédiaires. Les familles ramassent également des produits forestiers pour satisfaire leurs besoins alimentaires en période de disette. Les deux stratégies peuvent contribuer à l’appauvrissement de la forêt, déjà avéré dans les perceptions des familles locales reflétant une raréfaction de la plupart des produits forestiers. Ces derniers sont collectés essentiellement par les familles ayant peu de terres cultivables, aux revenus peu diversifiés et pratiquant une agriculture dominée par les cultures annuelles. Il convient ainsi, pour toute nouvelle action de développement dans cette zone, d’envisager la mise en place de systèmes agricoles permettant de diversifier les revenus, couplée à des actions de sensibilisation des familles à l’importance de la biodiversité. Sans éliminer totalement l’extraction de produits forestiers, une telle approche permettrait de la maintenir à un niveau viable.

Mots-clés : produits forestiers, stratégie de subsistance, marchés, biodiversité, jardin familial, Vietnam.


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LES PAIEMENTS POUR SERVICES ENVIRONNEMENTAUX : UN MOYEN DE CONTENIR LES CULTURES SUR BRÛLIS FORESTIER À MADAGASCAR ?

M. Rakotondrabe, S. Aubert, J. Razafiarijaona, S. Ramananarivo, R. Ramananarivo, M. Antona

La déforestation massive dans la partie Nord-Est de Madagascar, notamment à Andapa, grenier à riz de la région SAVA (région regroupant quatre districts dans la partie Nord-Est de Madagascar qui sont : Sambava, Andapa, Vohémar et Antalaha), entraîne l’érosion des bassins versants et l’ensablement de la plaine rizicole. En amont du bassin versant de Sahamazava, la culture sur brûlis forestier participe à une stratégie de survie des ménages agricoles les plus démunis. Ces pratiques perturbent également l’approvisionnement en eau potable de la commune urbaine d’Andapa. Un système de Paiements pour Services Environnementaux (PSE) a été envisagé en vue de réorienter le comportement des agriculteurs défricheurs. Le mécanisme promeut l’abandon de l’agriculture itinérante sur brûlis forestier (tavy) au profit de la pratique de cultures pérennes en amont du bassin versant. Des questions se posent quant aux conditions de mise en place et de pérennisation de ce dispositif. La présente étude se propose de mettre en exergue l’importance de l’appréciation des besoins locaux dans le contexte de la mise en place d’un PSE dans un pays en développement. À partir de trois scénarios différents, elle retrace l’évolution des exploitations agricoles avant et après l’établissement de l’interdiction de défricher la forêt sur le bassin versant de Sahamazava, alors que les compensations liées à la réduction des droits d’accès ne sont pas encore effectives. Des pistes d'actions précisant l'affectation des compensations attendues sont finalement proposées.

Mots-clés : paiement pour services environnementaux, investissements, sécurisation foncière, gestion durable des ressources naturelles, Madagascar.


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DÉFORESTATION, SAVANISATION ET DÉVELOPPEMENT AGRICOLE DES PAYSAGES DE SAVANES-FORÊTS DANS LA ZONE SOUDANO-GUINÉENNE DU BÉNIN

A. Mama, I. Bamba, B. Sinsin, J. Bogaert, C. De Cannière

Les communes de Banté-Glazoué-Ouessé (département des Collines) en zone soudano- guinéenne du Bénin constituent le domaine des mosaïques de forêts et une des principales pourvoyeuses en produits agricoles et en charbon de bois. Ces mosaïques de forêts sont soumises à de multiples formes de dégradation. Une étude de la dynamique spatio-temporelle basée sur une interprétation des images de types Landsat (MSS 1972, TM 1986 et ETM+ 2006) a été réalisée grâce à l’utilisation du système d’information géographique et des outils d’écologie du paysage afin d’envisager un programme de restauration forestière. Les résultats de cette étude ont permis, grâce à des matrices de transition et des indices de structure spatiale, d’évaluer les mutations liées aux pratiques agricoles. Quatre grands processus de transformation spatiale ont été mis en évidence et quantifiés pour la période de 34 ans (1972 à 2006) retenue pour cette étude : (i) la formation des savanes, (ii) la déforestation, (iii) le développement des activités agricoles et, enfin, (iv) une restauration forestière. La dynamique de la structure spatiale est dominée pendant cette période d’étude par une séquence de création suivie d’agrandissement pour les taches des classes de champs-jachères et de plantations arborées ; d’agrégation pour les classes de savanes et de sols nus-agglomérations ; et de suppression pour les taches de forêt.

Mots-clés : indices structuraux, processus de transformation, déforestation, savanisation, développement agricole, image Landsat, Bénin.


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ÉVOLUTION DES PROPORTIONS D’AUBIER ET DE DURAMEN DU CÈDRE DE L’ATLAS, CEDRUS ATLANTICA MANETTI, EN ALGÉRIE

K. Rabhi, M. Tafer, M. Messaoudene

L’étude a été conduite dans les cédraies du Bélezma (Aurès), du Djurdjura (Kabylie) et de Theniet El Had (Oranie), contrastées du point de vue bioclimatique et altitudinal. Elle s’inscrit dans le cadre global du projet sur le fonctionnement des cédraies algériennes. La problématique de l’étude est liée à l’absence de données sur le processus de duraminisation chez le cèdre de l’Atlas, données pourtant très utiles pour approfondir les connaissances sur la typologie des peuplements de cèdre. L’objectif était de mettre en évidence, dans un premier temps, l’évolution spatio- temporelle de la duraminisation. Sur l’ensemble des trois cédraies, 485 rondelles et carottes de bois ont été analysées. Les résultats montrent la faible variation des proportions du duramen d’une station à l’autre au sein d’une même cédraie. Globalement, l’âge affecte positivement la formation du duramen et négativement la proportion l’aubier. L’initiation de la duraminisation apparaît plus précoce dans les cédraies de Theniet El Had et Djurdjura (14 à 17 ans) et tardive dans les Aurès (20 à 30 ans). Dans cette dernière localité, le cèdre se singularise par une faible proportion d’aubier, variant de 45 % à 50 %. Dans tous les cas, la cédraie du Djurdjura, située dans le bioclimat le plus humide, se distingue des deux autres cédraies par ses faibles proportions de duramen et fortes proportions d’aubier, respectivement 44 % et 56 %. Le classement établi pour les proportions maximales d’aubier met au premier rang la cédraie de Talla Guillef dont la proportion d’aubier est de 78 % et en dernier la cédraie du Bélezma avec un taux moyen de 68 %. Il se dégage de ce fait une tendance à l’évolution des proportions d’aubier en fonction du gradient bioclimatique en allant du perhumide au semi-aride. En outre, l’étude met en évidence la très faible proportion de l’aubier chez les arbres dépérissants, avec une valeur moyenne de 46 %.

Mots-clés : aubier, duramen, âge, cèdre de l’Atlas, Algérie.


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LA RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT

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