Bois et forêts des tropiques

Résumés et articles : n° 332
(2e trimestre 2017)


Tous les résumés
(en français, en anglais et en espagnol)

Nouveau numéro

Numéro 332


 

TRANSITIONS ALÉATOIRES ET SYSTÉMATIQUES DANS L’UTILISATION ET LA COUVERTURE DES TERRES DANS LE NORD-EST DU WOLLEGA EN ÉTHIOPIE

A. Adugna, A. Abegaz, A. Legass, D. L. Antille

Des changements importants dans l’utilisation et la couverture des terres se produisent en Afrique à différentes échelles. Ces changements comprennent la déforestation suivie de la mise en culture des terres, de leur conversion en prairies ou leur urbanisation. Le présent article rend compte des travaux entrepris pour analyser les changements d’utilisation des terres dans le nord-est du Wollega (Éthiopie) entre 2005 et 2015. L’analyse a porté sur des transitions systématiques ou aléatoires, en identifiant les principaux facteurs de changement. Des données Landsat pour la période 2005 à 2015 ont été analysées pour mieux cerner les différentes dimensions des transitions : échanges, pertes, gains, persistance et vulnérabilité. Nos résultats indiquent les gains les plus importants pour les formations arbustives (22 %), avec un rapport gain/pertes de 63 %, un rapport gain/persistance de 47 % et un rapport net positif de 46 % pour le facteur changement/persistance. Les terres agricoles reculent le plus (19 %) alors que les prairies restent le type de végétation le plus stable, malgré quelques fluctuations (˜ 10 %) observées pendant la décennie étudiée. La transition est dominée par des processus systématiques, avec peu de processus aléatoires. Les transitions systématiques comme la déprise agricole ou la repousse forestière sont attribuées à des processus d’évolution réguliers ou communs. Cette étude indique que la mise en place de pratiques aptes à favoriser une intensification durable de l’agriculture existante, avec l’appui de politiques de diversification de l’agriculture éthiopienne, permettrait de réduire la pression sur les forêts en évitant leur conversion future en terres agricoles.

Mots-clés : déprise agricole, déforestation, repousse forestière, sécurité foncière, intensification durable, Ethiopie.


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USAGES TRADITIONNELS ET VALEUR ÉCONOMIQUE DE SYNSEPALUM DULCIFICUM AU SUD-BÉNIN

A. B. Fandohan, F. J. Chadare, G. N. Gouwakinnou, C. F. Tovissode, A. Bonou, S. F. B. Djonlonkou, L. F. H. Houndelo, C. L. B. Sinsin, A. E. Assogbadjo

Synsepalum dulcificum (Schumach. & Thonn. Daniell) est un arbuste originaire de l’Afrique de l’Ouest, inscrit sur la liste des espèces vulnérables de l’UICN. Au Bénin, son importance pour les populations locales reste peu documentée. L’étude avait pour objectif d’évaluer les connaissances endogènes, la valeur d’usage et l’importance économique de l’espèce pour les populations locales. Des enquêtes ethnobotaniques et économiques ont été conduites auprès de 606 personnes réparties dans 13 groupes socioculturels du Sud-Bénin. Des paramètres ethnobotaniques (fréquence de citation, valeur d’usage ethnobotanique) et économique (revenu moyen réalisé) ont été calculés, et leur significativité éprouvée par l’ajustement de modèles linéaires généralisés et le test de Kruskal et Wallis. Les résultats ont montré que S. dulcificum était bien connu des populations locales du Sud-Bénin (100 % des enquêtés), qui le cultivaient notamment dans les jardins de case. Toutes les parties de la plante étaient utilisées à des fins médicinales, alimentaires et spirituelles. Les connaissances et la valeur d’usage de la plante variaient entre les groupes socioculturels du Sud-Bénin, avec un gradient décroissant Est-Ouest. Les connaissances et la valeur d’usage variaient suivant le sexe, l’âge et le domaine d’activité, les connaissances étant concentrées au niveau des hommes, des adultes et personnes âgées, et des praticiens de la médecine traditionnelle. L’évaluation économique a révélé un circuit de commercialisation relativement court. Le faible revenu moyen réalisé sur la vente des fruits (environ 28 USD par an et par commerçant) illustre la faible valeur économique de l’espèce qui constitue une ressource de subsistance en déclin. La conservation et la valorisation optimale de l’espèce nécessiteront des investigations sur les plans nutritionnel, phytochimique et pharmaceutique, phénologique, morphologique et génétique, le développement d’une sylviculture, l’intégration de la plante dans les politiques formelles de conservation, et enfin le développement d’une chaîne de valeurs à travers la mise en place d’une véritable filière.

Mots-clés : Synsepalum dulcificum, baie miraculeuse, enquête ethnobotanique, groupe socioculturel, phytothérapie, valeur d’usage, République du Bénin.


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IMPORTANCE DE LA VIANDE DE BROUSSE DANS LA CONSOMMATION DES MÉNAGES URBAINS : ENQUÊTE À BANGUI, CAPITALE DE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

C. Fargeot, N. Drouet-Hoguet, S. Le Bel

Dans le Bassin du Congo, le gibier fournit une part importante des protéines consommées par les ménages ruraux. Dans un contexte d’urbanisation croissante, une bonne connaissance de la consommation de viande de brousse par les ménages urbains est indispensable, tant pour traiter les questions de sécurité alimentaire que pour développer des stratégies de conservation de la biodiversité. Cet article propose un éclairage sur les modes de consommation de viande de brousse à Bangui, capitale de la République centrafricaine, basé sur une analyse des dépenses des ménages et des prix de marché. Une enquête menée auprès d’environ 4 000 ménages associée à un suivi sur trois ans (2005-2008) des prix sur les marchés a permis une estimation de la consommation de viande de brousse et d’autres protéines animales. Les résultats montrent l’existence d’une offre diversifiée de protéines animales sur les marchés de Bangui, issues de gibier et d’animaux domestiques. En termes de composition taxonomique, l’offre de viande de brousse est principalement constituée d’espèces sauvages communes et sédentaires qui résistent bien à la pression de la chasse, tandis que les espèces protégées sont rarement observées. L’enquête sur la consommation des ménages montre que 54 % des repas quotidiens contiennent du boeuf, 35 % du poisson et 19 % de la viande de brousse. La consommation de poisson et de viande de brousse diminue en saison des pluies et la consommation de chenilles augmente. Quant aux prix, les viandes fumées (gibier, poisson) sont moins chères que toutes les protéines animales fraîches à l’exception des chenilles. La consommation de protéines animales et de viande de brousse augmente avec les revenus ; les protéines fraîches sont davantage consommées par les ménages aisés alors que la viande de brousse fumée est consommée par les plus pauvres. Si la consommation totale de protéines et de viande de brousse est la plus forte parmi les ménages aisés, la part relative de viande de brousse dans la consommation totale des protéines est la plus forte parmi les ménages pauvres. Globalement, ces résultats confirment l’importance de la viande de brousse dans l’alimentation des citadins, surtout chez les plus pauvres. Cependant, les modes de consommation qui se dégagent indiquent que la viande de brousse est moins appréciée que les autres sources de protéines animales, ce qui pourrait limiter la croissance de sa consommation, notamment en cas de meilleure disponibilité de viandes alternatives et moins chères.

Mots-clés : commerce de viande de brousse, consommation de viande de brousse, sécurité alimentaire, Bangui, République centrafricaine.


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ÉVALUATION DE L’APTITUDE D’ESSENCES PIONNIÈRES POUR LA RESTAURATION DE FORÊTS SECONDAIRES AU BÉNIN DANS UN CONTEXTE DE CHANGEMENT CLIMATIQUE

A. J. Gbètoho, A. K. N. Aoudji, L. Roxburgh, J. C. Ganglo

Pour cette étude, des modèles de niches écologiques sont appliqués à la gestion des forêts secondaires au Bénin. Cette étude a consisté à identifier les zones favorables à l’utilisation d’essences pionnières, telles que Lonchocarpus sericeus ou Anogeissus leiocarpa, pouvant être ciblée pour assurer à faible coût, dans un contexte de changement climatique global, pour restaurer rapidement des forêts secondaires et des écosystèmes dégradés afin de rétablir leur biodiversité. À l’aide des indices de fréquence mis à disposition sur le site Internet du Centre mondial d’information sur la biodiversité (GBIF) et les données environnementales récentes, les facteurs affectant la distribution des espèces sont évalués pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. Les modèles développés avec MaxEnt pour les deux essences, en Afrique de l’Ouest uniquement, affichent une bonne prédictivité pour AUC > 0,80 et des ratios AUC dépassant largement 1,5. Les résultats, intégrés dans des scénarios climatiques rcp4.5 et rcp8.5 à l’horizon 2055 basés sur les données AfriClim suggèrent une petite réduction de l’aire de distribution de L. sericeus et quelques variations pour A. leiocarpa. Cette distribution potentielle future des deux essences permet d’envisager leur utilisation pour la restauration du couvert végétal dès maintenant et jusqu’aux années 2050. Des améliorations sont nécessaires en utilisant des données complémentaires, en l’étendant à d’autres espèces et en évaluant les incertitudes liées à ces prédictions.

Mots-clés : Lonchocarpus sericeus, Anogeissus leiocarpa, modèle de distribution d’espèces, entropie maximum, modèle linéaire généralisé, aire favorable, écologie.


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PLANTATIONS CLONALES D’HÉVÉAS ISSUES DE GREFFES OU DE BOUTURES

A. Masson, O. Monteuuis

Hevea brasiliensis est une espèce arborescente intensément plantée sous les tropiques humides afin de satisfaire les besoins croissants en caoutchouc naturel. D’énormes quantités de plants sont nécessaires à cette fin. Si les semis constituent la solution la plus immédiate et la plus économique pour produire des hévéas, ceux-ci se révèlent très hétérogènes quant à la vigueur et à la productivité en latex. L’intérêt des clones pour remédier à cette hétérogénéité était déjà perçu dans les années 1910, mais les difficultés d’enraciner des pousses d’hévéas ont favorisé le greffage comme technique de clonage alternative. La remarquable augmentation de productivité et la plus grande uniformité constatées pour ces plantations de clones greffés ont favorisé leur essor au point de supplanter les semis dans la plupart des plantations industrielles. Néanmoins, le greffage présente aussi des inconvénients et durant des décennies, les efforts visant à produire à grande échelle des clones sélectionnés d’hévéas sur leurs propres racines par bouturage se sont poursuivis, avant d’être progressivement abandonnés faute de résultats probants. Durant les années 1970, la priorité a été donnée à la culture in vitro alors en plein essor. Mais, en dépit de 40 années d’investissement considérable, force est de constater que les clones industriels d’hévéas ne peuvent toujours pas être produits sur leurs propres racines à grande échelle. Cette situation est malgré tout susceptible de changer radicalement avec la mise au point de nouvelles techniques de pépinière permettant de bouturer en quantité n’importe quel clone d’hévéa sélectionné. Les efforts se poursuivent dans cette voie afin d’établir avec toute la rigueur requise si les clones sur leurs propres racines issus de bouturage produisent plus de latex que les génotypes greffés. Cette vieille question suscite un intérêt croissant du fait d’une pression foncière de plus en plus forte, limitant les possibilités d’extension des plantations d’hévéas.

Mots-clés : propagation clonale, boutures, culture in vitro, graines, greffes, Hevea brasiliensis, plants, racines.


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POTENTIEL DE DISPERSION DES PLANTES HERBACÉES SELON LES CONDITIONS CLIMATIQUES, D’UTILISATION DES TERRES ET D’HABITAT EN SAVANE OUEST-AFRICAINE

I. Zerbo, K. Hahn, M. Bernhardt-Römermann, O. Ouédraogo, A. Thiombiano

Les prévisions environnementales indiquent une vulnérabilité croissante de l’Afrique de l’Ouest aux effets des changements climatiques et d’utilisation des terres. Les plantes herbacées sont les plus sensibles à ces effets. La présente étude porte sur le potentiel de dispersion de différentes plantes herbacées afin d’évaluer leur résilience face à ces changements. Les données sur la composition de la végétation herbacée et les paramètres environnementaux ont été récoltés selon les gradients climatiques, d’utilisation des terres et d’habitat des zones de savane en Afrique de l’Ouest, de même que les diaspores de toutes les espèces herbacées rencontrées. Une description des traits des diaspores a été réalisée afin de documenter leur diversité au sein de la composition floristique herbacée en savane. Un diagramme de fréquence nous a permis d’identifier la variation des modes de dissémination des espèces d’une même famille afin de déterminer leurs potentiels de dispersion. La typologie des modes de dispersion a été établie à l’aide d’une méthode de classification hiérarchique, puis une analyse en composantes principales (PCA) a permis d’identifier les conditions environnementales expliquant leurs distributions. Nos résultats montrent que les diaspores des espèces herbacées peuvent se classer selon les types de fruits et de diaspores, la présence ou non d’hétérosporie, l’exposition des diaspores, le nombre de graines par diaspore, la morphologie des diaspores, la forme des diaspores et le mode de dispersion. Il existe six modes de dispersion pour la famille des poacées, la plus abondante en savane. Il existe plus d’un mode de dispersion pour la plupart des espèces, et celles dont le potentiel de dispersion est élevé (85,43 %) sont dominantes dans la végétation herbacée. Quatre groupes d’espèces herbacées ont été identifiés selon leur mode de dispersion. Les espèces potentiellement épizoochores et anémochores (39,25 % de la flore) sont davantage associées aux zones villageoises, indépendamment des conditions climatiques et d’habitat. Les espèces potentiellement endozoochores et dyszoochores (31,06 % de la flore) s’associent davantage aux habitats frais et secs en zone protégée dans le nord et le sud de la savane soudanienne. Les espèces potentiellement hydrochores (12,63 % de la flore) s’associent aux habitats humides mais sont plus fréquentes en zone sahélienne. Les espèces potentiellement autochores (17,06% de la flore) s’associent plutôt aux habitats de type bowé dans le sud de la zone soudanienne. Notre étude montre que toutes les espèces herbacées possèdent un potentiel de dispersion élevé, ce qui devrait favoriser leur permanence dans les savanes ouest-africaines malgré les changements climatiques majeurs qui s’annoncent.

Mots-clés : caractéristiques des diaspores, typologie des modes de dispersion, perturbation, diversité, changement climatique, Afrique de l’Ouest.


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LA RECHERCHE AGRONOMIQUE POUR LE DÉVELOPPEMENT

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